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Sucre & énergie9 min de lecture

Aspartame : ce que change l'avis de l'EFSA

Comprenez la décision 2026 de l'EFSA sur l'aspartame, ce que montre la cohorte NutriNet-Santé, et l'effet réel sur votre énergie et glycémie.

Graphique en barres : risque de cancer chez les gros consommateurs d'aspartame, 15 % tous cancers, 22 % cancer du sein.

Le 10 septembre 2026, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu son verdict. L'aspartame reste sans danger, aux doses actuellement consommées.

La nouvelle a fait le tour des rédactions en quelques heures. Elle a aussi ravivé une bataille de chiffres vieille de plus de dix ans.

D'un côté, une agence qui confirme un seuil réglementaire. De l'autre, une cohorte française qui mesure des risques accrus chez les gros consommateurs. Les deux ont raison, et ce n'est pas une contradiction. C'est ce que cet avis révèle qui mérite d'être expliqué calmement.

Ce que l'EFSA a tranché le 10 septembre 2026

L'avis publié par l'EFSA porte sur un sel précis, le sel d'aspartame-acésulfame (E962), utilisé dans les produits sans sucre et allégés en calories. Une fois avalé, ce sel se sépare dans le corps en deux molécules déjà connues : l'aspartame (E951) et l'acésulfame K (E950).

Le panel d'experts a donc évalué les deux séparément, puis leur association. Conclusion : aucune inquiétude de sécurité aux niveaux d'usage actuellement rapportés, pour les deux molécules comme pour leur combinaison.

L'EFSA a reconfirmé la dose journalière admissible de l'aspartame à 40 mg par kilo de poids corporel. Ce chiffre ne date pas d'hier. Il reprend la réévaluation complète menée par l'agence en 2013, jamais remise en cause depuis.

Pour l'acésulfame K, le seuil a été récemment révisé à 15 mg/kg. L'agence a aussi recommandé de resserrer les limites autorisées d'arsenic et de plomb dans les spécifications de fabrication de l'aspartame. Un point technique, mais qui montre que l'avis ne se limite pas à répéter un ancien texte.

Une note plus basse, pas un permis total

Trois ans plus tôt, une autre agence des Nations unies avait pourtant tiré la sonnette d'alarme. En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l'Organisation mondiale de la santé, a classé l'aspartame comme "cancérogène possible" (groupe 2B).

Cette classification s'appuie sur des preuves jugées "limitées" chez l'humain, notamment pour le cancer du foie. Le groupe 2B contient des dizaines de substances évaluées sur ce même critère, des légumes marinés au travail de nuit.

Le CIRC répond à une seule question : une substance peut-elle, en théorie, causer un cancer. C'est ce qu'on appelle l'identification du danger.

Une autre instance de l'OMS, le comité JECFA, répond à une question différente : à quelle dose ce danger devient-il un risque réel pour un consommateur. C'est l'évaluation du risque. En 2023, ce comité a jugé les preuves d'un lien réel "non convaincantes" aux doses habituelles, et maintenu le seuil de 40 mg/kg.

Concrètement, un adulte de 70 kg devrait boire plus de neuf à quatorze canettes de soda light par jour pour dépasser ce seuil. L'EFSA vient de confirmer ce même repère en 2026.

Ce que montre la cohorte française NutriNet-Santé

L'avis de l'EFSA porte sur un seuil théorique de sécurité. Il ne porte pas sur ce que mangent réellement les Français, ni sur ce que cela produit sur la durée.

C'est là qu'intervient NutriNet-Santé, une cohorte suivie par l'Inserm depuis 2009. En 2022, une équipe a croisé les habitudes de 103 388 adultes avec leur risque cardiovasculaire. Résultat : chez les plus gros consommateurs d'édulcorants, le risque global de maladie cardiovasculaire était supérieur de 17 %, et celui d'accident vasculaire cérébral de 34 %, par rapport aux non-consommateurs. Pour l'aspartame seul, le risque d'AVC ressortait à +29 %.

La même équipe a publié une seconde analyse, sur le cancer cette fois. Chez 102 865 adultes, les plus gros consommateurs d'aspartame présentaient un risque de cancer supérieur de 15 % toutes causes confondues, et de 22 % pour le cancer du sein. L'acésulfame K, lui, ressortait à +13 % sur le cancer global.

L'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), qui a hébergé une partie de ces travaux, rapporte une phrase claire de la chercheuse Mathilde Touvier : ces résultats "ne soutiennent pas l'utilisation des édulcorants comme alternative sûre au sucre".

Il faut cependant garder la mesure. Ces deux études sont observationnelles. Elles montrent une association, pas une preuve de cause à effet. Les auteurs eux-mêmes demandent une confirmation sur d'autres cohortes avant d'en tirer une conclusion définitive.

Le vrai enjeu pour votre énergie : la glycémie, pas le cancer

Pour ce média, la question du cancer n'est pas la plus utile au quotidien. La question qui compte pour votre énergie, c'est l'effet sur la glycémie, ce taux de sucre dans le sang qui commande vos coups de barre.

Une étude clinique publiée en 2022 dans la revue Cell a testé quatre édulcorants sur 120 adultes en bonne santé, pendant deux semaines, à des doses inférieures au seuil de sécurité. Résultat : la saccharine et le sucralose perturbaient significativement la réponse glycémique, le taux de sucre montant plus que prévu après un repas.

L'aspartame, lui, ne montrait pas cet effet en moyenne sur le groupe. Il modifiait bien la composition du microbiote intestinal, cet ensemble de bactéries qui vit dans votre intestin. Mais cette modification ne se traduisait pas, chez la majorité des participants, par une glycémie perturbée.

Le détail le plus intéressant tient à un transfert de microbiote. Les chercheurs ont transplanté les bactéries de participants humains chez des souris sans germes. Les souris ont reproduit la même réponse glycémique que leur donneur humain.

Cela suggère que l'effet d'un édulcorant dépend moins de la molécule elle-même que du microbiote de la personne qui le consomme. Deux personnes peuvent réagir très différemment au même verre de soda light. Nous détaillons ce mécanisme glycémique dans notre article sur le pic de glycémie.

Ce qui change, et ce qui ne change pas, pour vous

L'avis de l'EFSA ne change rien à ce que vous savez déjà si vous lisez ce média. Le seuil de 40 mg/kg existe depuis 2013. La classification du CIRC existe depuis 2023. La cohorte NutriNet-Santé existe depuis 2022.

Ce que cet avis confirme, en creux, c'est une méthode. Une agence de sécurité fixe un seuil à partir de la dose la plus forte sans effet observé, puis y applique une marge. Elle ne cherche pas si un aliment vous fait du bien. Elle cherche s'il vous fait un mal mesurable, aux doses réellement consommées.

L'aspartame illustre un schéma que ce média retrouve régulièrement. Un problème industriel, l'excès de sucre dans l'alimentation transformée, reçoit une réponse industrielle, une molécule de synthèse mille fois plus sucrée que le sucre. La réponse règle un chiffre sur une étiquette. Elle ne règle pas l'habitude du goût très sucré, ni le mécanisme glycémique qui produit fatigue et fringales.

Pour un lecteur qui cherche une énergie stable, le calcul reste le même qu'avant cet avis. Réduire l'intensité sucrée globale de l'alimentation, qu'elle vienne du sucre ou d'un édulcorant, aide davantage que substituer l'un par l'autre. Nous détaillons cette approche dans notre article sur l'envie de sucre.

Rester sous le seuil de l'EFSA n'est pas un objectif en soi. C'est un plancher de sécurité, pas une preuve de bienfait.

FAQ

L'aspartame est-il dangereux pour la santé ?

Aucune agence sanitaire ne le classe comme dangereux aux doses habituellement consommées. L'EFSA a confirmé en septembre 2026 un seuil de sécurité de 40 mg par kilo de poids corporel. Le CIRC (OMS) l'a classé "cancérogène possible" en 2023, une catégorie fondée sur des preuves jugées limitées, pas sur un risque avéré à dose normale.

Que dit vraiment l'étude NutriNet-Santé sur l'aspartame ?

Chez les plus gros consommateurs d'édulcorants, cette cohorte française de plus de 100 000 adultes a mesuré un risque de cancer supérieur de 15 % et un risque d'AVC supérieur de 29 % pour l'aspartame, comparé aux non-consommateurs. Il s'agit d'une association observée sur des années, pas d'une preuve de cause à effet démontrée par un essai clinique.

L'aspartame fait-il monter la glycémie comme le sucre ?

Non, pas en moyenne selon une étude clinique de 2022. Contrairement à la saccharine et au sucralose, l'aspartame n'a pas montré d'effet significatif sur la glycémie du groupe testé, même s'il modifie le microbiote intestinal. L'effet réel dépendrait du microbiote propre à chaque personne.

Faut-il arrêter l'aspartame après l'avis de l'EFSA ?

L'avis de l'EFSA ne change pas la décision individuelle. Le seuil de sécurité reste large pour une consommation ponctuelle, et aucune agence ne décrit l'aspartame comme un danger avéré à dose normale. Pour une énergie stable au quotidien, réduire l'intensité sucrée globale de l'alimentation reste plus utile que remplacer le sucre par de l'aspartame ou l'inverse.

Sources

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